**Joseph Kabila : Résonances d’un retour sur la scène politique congolaise**
Ce vendredi soir, Joseph Kabila, ancien président de la République Démocratique du Congo (RDC), a rompu un silence de six ans en s’exprimant lors d’un discours qui a immédiatement suscité de nombreuses réactions au sein de la classe politique et de la société civile. Son intervention se veut un cri d’alarme face à la “gravité de la situation” que traverse le pays, qu’il qualifie de critique et engageant, en affirmant que le “pronostic vital de la RDC est engagé”.
Kabila, qui a dirigé la RDC de 2001 à 2019, a concentré ses critiques sur la gouvernance actuelle de Félix Tshisekedi, son successeur. En évoquant les maux dont souffre le pays, il dénonce ce qu’il qualifie de “dérive autoritaire” et souligne une concentration ‘excessive du pouvoir’ au sein de l’exécutif. Ces termes interrogent sur l’état de la démocratie en RDC, un pays déjà éprouvé par des décennies de rivalités politiques, de luttes ethniques et d’instabilité économique.
L’ancien président fait également état d’une justice qu’il considère comme “soumise” ainsi que d’un Parlement qu’il décrit comme une “chambre d’enregistrement”. Ces observations, bien que sévères, soulèvent des questions essentielles concernant l’indépendance des institutions et la vitalité du débat démocratique dans le pays. Depuis l’alternance de 2019, reconnue comme une avancée historique, les attentes de la population étaient élevées en matière de transparence, d’efficacité et de responsabilité dans la gouvernance.
Sur le plan économique, Kabila évoque une “résurgence de l’inflation” ainsi qu’une “montée de la dette”, des thèmes qui résonnent avec les préoccupations majeures des Congolais. Alors que la RDC regorge de ressources naturelles, la gestion de ces richesses est souvent pointée du doigt comme un facteur clé des inégalités et de la pauvreté persistantes au sein de la population. Cela soulève des interrogations sur les politiques économiques actuelles de Tshisekedi, qui, malgré diverses réformes, n’ont pas su répondre aux attentes d’un peuple en quête d’espoir et de prospérité.
Tragiquement, Kabila aborde également la question de la sécurité, mentionnant des « massacres impunis » et une humiliation de l’armée nationale. Cette réalité inquiétante sur le terrain constitue non seulement une violation de droits humains, mais également un frein au développement que la RDC peine à réaliser. Cette violence, exacerbée par la présence de groupes armés et de milices, rappelle à quel point la stabilité et la paix demeurent des enjeux fondamentaux, non seulement pour la RDC mais aussi pour la région des Grands Lacs, marquée par des conflits souvent interconnectés.
Kabila propose un “pacte citoyen” articulé autour de douze engagements, dont la fin de la “tyrannie” et la restauration de l’État de droit. En appelant à une mobilisation autour de ces objectifs, il semble vouloir créer un espace de dialogue, même s’il ne manque pas de rappeler son rôle potentiel dans le processus de reconstruction du pays. Mais comment cette proposition sera-t-elle accueillie par le pouvoir en place et les différentes factions politiques ? Le climat politique actuel sera-t-il propice à une telle réconciliation nationale ?
L’ancien président, en s’exprimant, invite les Congolais à réfléchir sur leur avenir collectif. À une époque où les fractures sociales semblent s’accentuer, sa sortie interroge sur la nécessité de rétablir un dialogue constructif autour des défis majeurs auxquels la RDC fait face.
En somme, ce discours marque un tournant dans le paysage politique congolais. Il nous rappelle que la voix de l’ancien président peut avoir encore un impact, mais aussi qu’elle soulève de nombreuses questions sur l’avenir de la RDC. Quelle direction le pays choisira-t-il, et comment les acteurs politiques, y compris Kabila et Tshisekedi, pourront-ils contribuer à un débat d’idées enrichissant, capable de dépasser les clivages et d’envisager un avenir meilleur pour tous les Congolais ? Ce sont là des questions cruciales que seule une action concertée et un dialogue ouvert pourront éclaircir.